Menaces sur les structures médicales

SOS Médecins connaît des difficultés d’effectifs. Pourquoi le dispositif est-il en danger ? Analyse et conséquences.

Comme une épée de Damoclès qui flotte au-dessus du secteur de la santé chambérien. SOS Médecins Chambéry connaît de sérieux problèmes de recrutement. La situation est devenue telle que SOS Médecins pourrait cesser son activité dans les mois à venir. S’il disparaît, c’est évidemment une partie du dispositif de santé de la ville qui sera affectée. Et les conséquences seront difficiles à gérer pour les médecins, certes, mais surtout pour les habitants, patients potentiels.

Effet domino

L’organisation de la permanence de soins est complexe, mais le constat est édifiant. Si SOS Médecins disparaît, seulement deux structures médicales pourront assurer les interventions nocturnes en semaine : le SAMU et les pompiers. Cette situation va engendrer de multiples conséquences et il faudra s’attendre à un inévitable engorgement des urgences de l’hôpital de Chambéry. Mais également des interventions ingérables du SAMU et des pompiers ou à la possibilité d’envoyer des ambulances privées qui feront certainement exploser les budgets de la Sécurité sociale. Autre souci, toutes les consultations en soirée vont se répercuter sur la maison médicale de garde, une structure ouverte le soir. Il ne sera pas bon de tomber malade à Chambéry car la patience sera de mise avant qu’un professionel vous prenne en charge, puisqu’il n’y a qu’un médecin permanent pour assurer l’activité de cet établissement. Selon Jean-Louis Vangi, secrétaire général de l’Ordre des médecins de Savoie, des changements sont à prévoir : « Les patients ont déjà changé leurs habitudes et ils devront continuer à s’adapter ». Le Dr. Habold, chef du SAMU départemental estime une augmentation d’appels, de l’ordre de 80 par nuit. Il explique : « SOS Médecins est le seul organisme qui permet les visites médicales de nuit. S’il ferme, nous pourrions répondre de deux façons différentes : demander aux personnes malades de se rendre aux urgences ou leur conseiller de prendre un médicament et d’aller chez leur médecin le lendemain. » L’alternative aux médecins de nuit se résumerait donc à du conseil médical.

Un dispositif qui s’effondre

Le problème de SOS Médecins n’est malheureusement qu’un exemple de l’effondrement d’un dispositif. L’organisme n’arrive pas à remplacer cinq départs récents. Actuellement, l’équipe est composée de trois médecins titulaires et quelques remplaçants et collaborateurs. Il y a encore quelques années, ils étaient huit médecins permanents. « Et on recherchait encore du monde » admet le Dr. Esnault, président de SOS Médecins Chambéry. Aujourd’hui, il est conscient que la situation est grave : « Nous avons effectivement des difficultés de recrutement et l’avenir de SOS Médecins est engagé. Mais c’est bien la permanence de soins de la ville qui prendrait un coup. » Un avis partagé par Jean-Louis Vangi : « Si SOS Médecins disparaît, c’est tout le dispositif qui boitera ». Pour le moment, pas d’ultimatum fixé pour mettre la clé sous la porte, même si le rythme éprouvant du métier fait penser au Dr. Esnault que le dispositif pourra tenir ainsi jusqu’au printemps 2009.
Comment en est-on arrivé là ? Le numérus clausus (le nombre d’étudiants admis dans un cursus chaque année) dans les facultés de médecine est trop strict et entraîne une baisse du nombre de médecins en France. Ces problèmes ne datent pas d’hier. Le Dr Maillard-Vernet, présidente de l’Association de Médecine d’Urgence de la Région Chambérienne se souvient : « Lorsque j’étais en fac de médecine en 1983, on manifestait déjà pour signaler des futurs problèmes de démographie médicale». Autant de dossiers qui en font un problème national. Aussi, d’autres centres SOS Médecins ont déjà fermé en France et l’établissement de Paris vient de faire appel à un cabinet de recrutement pour tenter d’inverser la tendance. Le dispositif est donc en train de s’effondrer et d’autres structures médicales vont suivre, assure le président chambérien de SOS Médecins : « Les généralistes ou encore les médecins de montagne connaissent aussi des difficultés. Le problème est donc général et nous sommes les premiers touchés ». Le Dr. Maillard-Vernet est pessimiste : « Les dix années à venir risquent d’être difficiles ».
La solution pour régler le problème est sans doute entre les mains des pouvoirs publics : le gouvernement et la Sécurité sociale. Autre possibilité, mais elle est peu fondée : la réquisition possible par le préfet, des médecins généralistes du département en cas de crise. En attendant, si le schéma se confirme, une nouvelle organisation sera nécessaire et elle concernera tous les acteurs du secteur de la santé à Chambéry : SAMU, pompiers, médecins généralistes, médecins régulateurs, mais aussi les patients, c’est à dire nous tous.

Clipsol vendue à GDF

À Aix-les-Bains, le concepteur et fabriquant historique de capteurs solaires thermiques vient de signer un accord avec Gaz de France.

« L’accord a bien eu lieu, nous allons bientôt communiquer conjointement avec notre partenaire GDF » explique André Jean, pionnier du solaire en France, fondateur et dirigeant de Clipsol. Cet accord récent intervient après un lobbying fort, depuis plusieurs mois, des élus du Conseil général de la Savoie et de hauts fonctionnaires auprès du cabinet de Christine Lagarde, ministre des Finances. Épilogue d’une négociation qui aurait duré tout l’été. Les réseaux savoyards ont bien fonctionné, avec une implication forte de Jean-François Cirelli, pdg de GDF-Suez, qui est originaire de Savoie : sa mère vit toujours au Viviers-du-Lac. Cirelli a également été camarade de promotion à l’ENA d’Hervé Gaymard, président du Conseil général.

« Clipsol représente le fer de lance de notre projet sur le développement du solaire. C’est aussi 135 emplois concernés, nous ne pouvions pas laisser disparaître le fleuron de cette industrie » explique une source proche des collectivités. Un sauvetage d’autant plus nécessaire après le fiasco de l’entreprise cotée en bourse Cervin, autre étendard du business du solaire en Savoie (La Vie nouvelle du 2 octobre 2008).

En créant sa société il y a près de 30 ans alors que le solaire était encore vu comme une utopie, André Jean a tenu bon, passant outre les modes et malgré des difficultés financières à répétition. À sa création en 1979, Clipsol a bénéficié de l’engouement du marché pour le solaire des années 80. Lorsque l’intérêt pour l’énergie solaire retombe après le second choc pétrolier,  André Jean garde le cap, certain du regain à venir de cette énergie renouvelable : « J’étais sûr que cela repartirait. Heureusement, je ne savais pas que ce serait si long à redémarrer. ».  Durant ces années difficiles, Clipsol consacre toute son énergie à la recherche et au développement et met au point, en particulier, le système de chauffage solaire le plus performant du marché européen : Plancher Solaire Direct. En 2000, grâce au plan soleil mis en place par l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), le marché redémarre et le chiffre d’affaires ainsi que les effectifs de Clipsol connaissent alors une forte croissance :  « Notre carnet de commandes est plein mais nous subissons des difficultés financières » expliquait André Jean le 6 septembre dernier devant l’incendie accidentel de la concession Clipsoleil de Voglans, une succursale à destination des particuliers.

Une croissance importante, des investissements en recherche et développement trop longs à rentabiliser, Clipsol aurait été victime d’une crise de croissance.  D’après des cadres de l’entreprise, le fabricant savoyard a eu à subir de fortes tensions de trésorerie. « Dans le contexte actuel de crise financière, ce manque de liquidités aurait pu être fatal à l’entreprise » explique un spécialiste qui continue « L’intervention de GDF va redonner l’oxygène indispensable à Clipsol ». D’une entreprise familliale artisanale, Clipsol s’affirme désormais dans une logique purement industrielle. L’entreprise recrute en ce moment un directeur général et selon nos informations, dans le cadre de cette négociation, André Jean aurait obtenu la garantie d’être maintenu à un poste en recherche et développement. La spécialité de Clipsol, qui lui a assuré sa renommée, son sérieux, mais pas la fortune.

Michael Iochem et Delphine Adorjan

Suite à notre article « GDF rachète Clipsol » paru dans la précédente livraison de votre hebdomadaire, André Jean, le pdg de cette entreprise savoyarde demande un droit de réponse par mail que nous lui accordons ci-après :

Entreprise :
Pour accélérer et consolider sa croissance,

Clipsol ouvre son capital à GDF-SUEZ

Le spécialiste savoyard du solaire, concepteur et fabricant historique de matériels solaires pour le bâtiment vient de procéder à une augmentation de capital, devenue indispensable pour devenir un leader en Europe.

André Jean, Président Directeur Général de CLIPSOL, suite à la parution de l’article intulé « CLIPSOL vendue à GDF dans le numéro 1325 du 23 octobre 2008 de la Vie Nouvelle, tient à apporter les précisions suivantes ; contrairement à ce qui a été écrit : CLIPSOL n’a pas été vendue à GDF.

CLIPSOL a procédé à une levée de fonds au terme de laquelle le nouvel actionnaire, GDF-SUEZ, possède 51% du capital alors que les actionnaires précédents (principalement la famille d’André JEAN) conservent leur participation, désormais à hauteur de 49%.

Les enfants et l’épouse d’André JEAN continuent d’exercer leur fonction, tandis qu’André JEAN deviendra prochainement Président du Comité Stratégique tout en assumant un poste de direction.

CLIPSOL a retenu l’offre de recapitalisation proposée par GDF-SUEZ plutôt que d’autres du fait de son partenariat actif avec Gaz de France depuis 1997 : l’intérêt porté par ce groupe pour les travaux de recherche et développement de CLIPSOL ainsi que pour une vision partagée et pragmatique sur le rôle de l’énergie solaire dans le bâtiment ont été décisifs dans ce choix.

Exposition Maurice Novarina, un architecte dans son siècle

L’Espace Malraux accueille jusqu’au 16 juillet 2008 une exposition réservée à l’un des plus grands architectes français du siècle.

Depuis le 22 mai, la galerie de l’Espace Malraux rend hommage aux travaux de Maurice Novarina.
Depuis septembre 2007, et pour célébrer le centenaire de sa naissance, une exposition de grande envergure a été initiée dans toutes les villes de la région qu’il a marquées de son empreinte.
Longtemps visible à la Maison des Arts de Thonon-Évian (une de ses constructions et qui renferme d’ailleurs une galerie éponyme), l’exposition est désormais en résidence à l’Espace Malraux de Chambéry. Cette rétrospective nous montrera une partie des nombreuses constructions dont il a été l’architecte référent : plus d’une trentaine d’édifices religieux, des bâtiments administratifs, culturels, des établissements scolaires, des équipements routiers et industriels, etc. Dans notre région, on lui doit l’Hôtel de ville de Grenoble, le Palais de Justice d’Annecy, le Palais des sports de Megèves, l’église Saint-Simond à Aix-les-Bains, le Centre culturel Bonlieu à Annecy et bien d’autres. Né en 1907 à Thonon-les-Bains et décédé dans la même ville en 2002, Maurice Novarina est issu de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il est aussi ingénieur des travaux publics avant d’être architecte. En 1933, il débute sa carrière en tant qu’urbaniste, il enseignera aussi à l’École spéciale d’Architecture.
Maurice Novarina aura été le premier architecte « régional » à bénéficier d’un rayonnement national, voire mondial. Il a été élu membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1979. Le style de Maurice Novarina mêle architecture et arts plastiques. L’exposition retrace l’histoire de sa carrière, riche et diversifiée. La liste de ses réalisations est longue, et témoigne d’un ample réseau de commanditaires, d’entrepreneurs et d’artistes.
Sa carrière remarquable illustre l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme du XXe siècle, non seulement à l’échelle régionale de la Haute-Savoie mais à travers le territoire national puisqu’il a été, entre autre, architecte de la Reconctruction en Normandie. Entre régionalisme et modernité, ingénierie et artisanat, l’oeuvre de Maurice Novarina est à découvrir.

Exposition Maurice Novarina
Espace Malraux – Jusqu’au 16 juillet 2008
Conférence le mercredi 21 mai à 18h animée par Gilles Novarina, directeur de l’Institut d’urbanisme de Grenoble et de Carine Bonnot, architecte doctorante, CAUE de la haute-Savoie.
Exposition conçue par le CAUE, Conseil d’Architecture, d’urbanisme et de l’Environnement de la Haute-Savoie, en lien avec les CAUE de la Région Rhône-Alpes et réalisée par LE 188 (conception et graphisme).

La permanence de soin, comment ça marche ?

Pour bien comprendre ce qu’il se passe, il faut expliquer le fonctionnement et l’organisation du secteur de la santé de Chambéry : SOS Médecins est une société indépendante et libérale dont la mission est d’intervenir toute l’année, 7j/7, 24h/24 aux domiciles des malades. Il existe dans le même schéma, le fameux SAMU ou encore les pompiers qui interviennent partout toute l’année. Quand vous appelez le 15, c’est le médecin régulateur qui choisit le vecteur qui sera envoyé : SOS Médecins, SAMU, pompiers, ou bien les médecins généralistes… Il y a aussi à disposition des patients une maison médicale de garde (MMG) installée au sein du centre hospitalier de Chambéry. L’activité de cet établissement est assuré par l’alternance de médecins généralistes chambériens dont le planning de gardes est organisé par l’AMURC (Association de Médecine d’Urgence de la Région Chambérienne). Problème : le médecin de la MMG (car il n’y a qu’un médecin par garde) ne se déplace pas et les consultations s’effectuent à la « Maison » tous les soirs de 20h à minuit en semaine, de 14h à minuit le samedi et de 8h à minuit le dimanche. Pour la présidente de l’AMURC, le Dr. Maillard-Vernet, le problème est réel : « Je ne sais pas encore comment nous allons nous organiser. Il faudra trouver des solutions pour amener les patients dans les MMG, par exemple avec des taxis ou des ambulances, mais des difficultés budgétaires suivront ».