venue de Laurence Parisot

Jacques Thimon explique les raisons de la venue de Laurence Parisot en Savoie « Prendre le pouls de la Savoie »

Président du Medef Savoie depuis l’automne 2007, Jacques Thimon fait venir la médiatique et charismatique présidente nationale de cette organisation syndicale patronale.

La Vie nouvelle : Votre objectif en prenant la présidence du Medef Savoie ?
Jacques Thimon : Rassembler les entrepreneurs en Savoie ! Qu’ils soient de toutes petites entreprises, des moyennes ou des grandes. Pour que l’on puisse parler d’une seule voix vis-à-vis des politiques, de tous les organismes. Il y a toujours eu un consensus entre les TPE, les PME, les grandes entreprises et les pouvoirs politiques. Jusqu’à présent, tous arrivaient à discuter, à se mettre d’accord. Cela a fait la richesse et la force de la Savoie. Je prends un exemple. Dans les années 70, le PIB élevé de la Savoie c’était grâce à l’industrie, qui était extrêmement forte. Depuis, nous avons vécu une véritable mutation et les autres branches se sont développées. Contrairement à d’autres territoires en France, personne n’a été laissé sur le carreau. Nous avons été portés par l’or blanc, évidemment, mais nous avons aujourd’hui la chance d’avoir une épine dorsale qui reste l’industrie. Ensuite, on a des secteurs très forts comme le BTP, les transports, l’agroalimentaire, le tourisme, évidemment. Or, ce qui est important, c’est de maintenir cette cohésion pour toutes ces activités professionnelles, qui n’ont pas pas forcément les mêmes points de vue, ce qui implique le dialogue avec les autres organismes syndicaux, et les entrepreneurs. Nous sommes un petit département – moins grand qu’un arrondissement de Paris – par contre on a une grande diversité, nous n’avons donc pas le droit de ne pas nous entendre.
Notre mouvement ne demeure pas éloigné des réalités terrain.

LVN : Pourquoi faire venir Laurence Parisot en Savoie ?
JT : Dans un mouvement, on essaie tous d’avoir un leader. Nous avons la chance d’en avoir un qui présente de grandes qualités et il y a plusieurs sens à cette visite. Certes nos instances gouvernantes sont toutes à Paris. De ce fait, beaucoup de  négociations se font dans des salons de la capitale, loin du terrain. Dans un pays aussi centralisé que la France, le Medef joue la carte de la proximité à travers ses structures territoriales et Laurence Parisot par sa présence en province démontre ainsi que notre mouvement ne demeure pas éloigné des réalités terrain. Deuxième chose, la Savoie a des spécificités qui sont très importantes dans les négociations qui sont  en court et qui vont démarrer cet automne pour les partenaires sociaux. Nous devons les faire ressortir afin qu’elle comprenne nos positions. Je prends un seul exemple : le problème des saisonniers. Il ne se pose pas dans tous les départements. La Savoie est l’un des plus importants pour les saisonniers. Certains travaillent dans une branche l’hiver et dans une autre l’été. Dans un contexte de renégociation de la convention UNEDIC il faut venir prendre le pouls de ces aspects typiques de notre économie.

En Savoie on a une tradition
de producteur d’énergie renouvelable

LVN : Pourquoi ce thème du développement durable ?
JT : Car nous avons là aussi une spécificité dont nous pouvons être fiers. Tout d’abord, on oublie parfois qu’en Savoie on a une tradition de producteur d’énergie renouvelable avec l’hydro-électricité. Une tradition perpétuée avec les recherches sur l’énergie solaire à Savoie Technolac et dans les entreprises en pointe sur le département. Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’un thème à la mode, car lorsque l’on réfléchit d’une manière globale, que l’on intègre l’économie et le développement, on tient un raisonnement qui s’éloigne du risque de la récupération pour des intérêts personnels. En effet, pour moi, le développement durable c’est d’abord de penser autrement. Et cela est source de créativité, ce qui donne des opportunités de création d’activité, d’emploi, de profits et donc de  richesse. D’ailleurs, on a quelques très beaux exemples dans le département et on va les montrer. On prouvera aussi que le développement durable s’applique dans tous les domaines : tourisme, transports, industrie, médical, etc.

Créer des relations durables entre écoles et entreprises

LVN : Le deuxième thème de cette visite, ce sont les relations « École/ entreprise ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
JT : C’est un thème qui nous tient à coeur. On a la chance, en Savoie, d’avoir beaucoup échangé avec les différents acteurs. Non seulement pour améliorer, mais aussi pour créer des relations durables entre écoles et entreprises.  On anime des actions en collaboration avec l’académie de Grenoble. On est l’un des départements leader dans ce domaine, en particulier dans les classes de troisième et l’option « découverte professionnelle » (DP3). C’est un constat qui a été fait depuis longtemps : on voudrait rapprocher ces deux mondes qui ont divergé ces 50 dernières années parce que les entreprises avaient leurs soucis et parce qu’on avait confié à l’école d’autres missions. À tort ou à raison, ce sont deux mondes qui ne se sont pas parlés depuis longtemps. Nous sommes en train de monter des actions complémentaires, comme par exemple ouvrir les portes des entreprises quelques jours aux étudiants d’IUFM. Ces relations sont excellentes car elles permettent aux enseignants de voir  les sociétés autrement qu’au travers des livres d’Émile Zola.

Le Medef représente majoritairement des PME et TPE

LVN : Le Medef ne souffre-t-il pas d’un problème d’image auprès du grand public ?
JT : Le grand public ne connait le Medef qu’à travers des opérations médiatiques qui véhiculent trop souvent une image brouillée des entreprises. Traditionnellement, l’image du  Medef est associée aux grandes entreprises. C’est un paradoxe. Le Medef Savoie regroupe plus de 2 000 entreprises dont seulement 30 ont plus de 250 employés. Le Medef représente donc majoritairement des PME et TPE. Certes, l’image du patron est trop souvent diabolisée et c’est là que nous devons rendre hommage à Laurence Parisot.  Elle arrive à faire changer l’image du chef d’entreprise et de l’entrepreneur. Elle véhicule le fait que sans entrepreneur il n’y a pas d’entreprise et donc pas d’emplois. « L’entreprise c’est la vie ! L’avenir des entreprises c’est aussi l’avenir de la France » extrait de Besoin d’Air (essai de Laurence Parisot aux éditions du Seuil NLDR). On reproche également au Medef d’être trop politique. Son seul parti est celui de l’entreprise ! Enfin, si vous faites référence aux problèmes rencontrés ces derniers mois par un syndicat professionnel, adhérent de notre mouvement, il faut être conscient que dans la vie d’un mouvement comme le Medef, avec des millions d’acteurs partenaires, c’est comme dans toutes les vies, il y a des moments difficiles. Nous sommes tous des hommes ou des femmes d’entreprise, profondément attachés à ses valeurs, et nous nous sommes donnés, depuis le premier jour, l’objectif  partagé de réconcilier les Français avec l’entreprise. Là, nous venons de vivre un moment difficile qui a eu un avantage ; il nous a permis de remettre les choses au point et de repartir sur de bonnes bases. Nous voulons de l’éthique et de la transparence. Ces mutations, changer les mentalités, ce n’est pas facile mais c’est porteur d’avenir.